Nicolas Bedos : l’écrivain du petit écran

220px-Nicolas_Bedos« L’Alfred de Musset des années Sarko » c’est ainsi que se définit Nicolas Bedos. Auto-description piquée au hasard parmi l’avalanche de saillies délivrées lors de ces monologues mythomanes. Cette nouvelle chronique humoristique de l’émission Semaine Critique de Franz-Olivier Giesbert le vendredi soir sur France 2 en est à son douzième round et c’est avec panache que Nicolas Bedos agace autant qu’il éblouit, enchaînant les K.O. Le satirique Guillon a trouvé une relève grandiloquente dans les propos caustiques du nouveau beaugosse du PAF. Un « fils de » certes, mais bientôt la France se demandera si son nom n’est pas un titre de scène pour souligner une accoutumance au haschisch. Et il doit les rouler avec de la white widow quand on écoute ces Semaines mythomanes.

Accumuler les qualités comme des tares

Sur le CV, Nicolas Bedos a tout pour plaire. Et c’est presque trop. Comment exister médiatiquement après un père qui tient le pavé comique depuis quarante-cinq ans alors qu’on a le goût de la scène et des mots au moins autant que lui ? Comment se dépêtrer d’une image d’avoir-tout-eu-pour-soi : beau comme une tentation, un contexte sociale doré comme un roman à la Bret Easton Ellis... Mais Nicolas Bedos a trouvé une solution : il a fait du mérite sa vertu cardinale. Et c’est un spectacle toujours réjouissant qu’il nous livre, surtout qu’il est rare. De plus, son style ressemble à celui de Guillon dont le public sort à peine et qui a fini par lasser. Mais comment « être », comment « exister » après la langue de pute raffinée qui a affolé tout Paris ? Décidément il était né pour aimer le challenge ce Bedos.

Des Mythos plus vrais que nature

Discret donc, Nicolas Bedos a suivi sa voie : le théâtre, le vrai. Et ironie du destin, le voilà à trente ans crever le petit écran vendredi soir après vendredi soir dans la peau d’un…comique ! Rehaussant à chacune de ses prises de parole le niveau, il signe et persiste pour marteler dans les crânes sa singularité  et son courage. Entre prises de positions politiques et gigolo du rire, il a gagné 12 round par K.O : François Hollande, Villepin, Marine Lepen, Bernard Tapie, la France même. Insaisissable, imprévisible, intègre. Son jeu scénique et son phrasé permettent à la complexité de ses tournures de phrases de ne pas égratigner la pure spontanéité de ses idées les plus délirantes. Son ton caustique et sa forte présence mêlent la crise de rire au respect : jamais personne n’ose encore s’en offenser car son regard sur les gens est d’une pertinence déconcertante. Une maturité qu’on décèle surprenante pour son âge dans la pupille de ses interlocuteurs tandis qu’il ballade son audience. Une seule fois, il a failli tomber avec une critique borderline du film « La rafle ». Mais il est toujours là, jouant, semaine après semaine, avec la ligne rouge. Nicolas Bedos s’attaque à tous les fronts critiquant tout, au sens noble du terme, avec une grille d’analyse redevenue nouvelle parce qu’elle a été oubliée : l’existentialisme. Qu’il en soit conscient ou non d’ailleurs, peu importe. Les artistes qui parviennent à couler leur vision des passions humaines dans l’analyse sociale sont toujours, par essence, des existentialistes. Nicolas Bedos, probablement à son insu, porte un peu plus haut les couleurs de ce mouvement de pensée.

Un  jeune-homme du milieu

«Un sale auteur sentimental de merde», s’auto-proclame Nicolas Bedos. D’Alfred de Musset, on lui reconnaît son plaisir de dépeindre avec justesse les âmes humaines, les giclés dans les coins en plus. Personne n’est à l’abri d’un trait de sang quand un coup de scalpel verbal découpe la masse émotionnelle de  l’invité qui reste bouche bée devant cette autopsie médiatique à cœur ouvert. On reconnaît aussi l’homme bien classé qui a grandi  en plein showbizz. Il connaît l’intimité de la vie des grands, leurs trucs, leurs codes, leurs manies, le décalage entre télé et réalité et ses tourments. Nicolas Bedos n’est pas un déclassé comme beaucoup de comiques, il porte justement haut ce que pourraient être ceux  qui comme lui (s’ils travaillaient), profitaient de leur position et se remettaient en question. Le mérite, là encore, et bien plus c’est sûr. Car son incroyable justesse confine au génie exprimé dans une langue aussi habile que nouvelle, conjuguant les exigences de la tradition littéraire à celle de l’esprit du monde contemporain.

La vie, cet immense théâtre

Aussi facile que puisse être la vie à la naissance, il faut avoir vécu et s’être passablement formé pour pouvoir parler si juste à trente ans. Le Bedos n’éclipse plus, reste un jeune homme qui nous propose une chronique de très haute volée. Il est beau le théâtre quand il se fait télégénique : depuis les impros de Lucchini, le phénomène se faisait rare. Nicolas peut aborder sans tabou le thème d’Israël, fouiller dans la vie sexuelle des invités, se moquer des chômeurs, indigner franchement le plateau puis déclencher leur rire le plus franc. Son petit théâtre des passions humaines, après l’avoir couché  et réalisé sur les planches des théâtres parisiens, c’est sur le plateau de Semaine Critique qu’il le fait vivre chaque vendredi soir. De l’imaginaire au réel, Nicolas Bedos peint, à même le monde politique et médiatique d’aujourd’hui, une fresque shakespearienne. Ou quand l’imaginaire surclasse le réel. Le travail du dramaturge connaît sous nos yeux une forme jamais exploitée à ma connaissance : tailler un nouveau Panthéon de hautes figures dramatiques dans la chaire des êtres réels, face à face. Le trompe-œil est parfait car difficile de voir un quelconque décalage entre le mytho et le vrai. Le plus beau dans tout ça : voir que le rire rassemble tout le monde autour de lui. Cela faisait longtemps que la liberté d’expression était réservée aux acteurs politiques et non plus aux commentateurs. Il faut la conquérir notre liberté d’expression, plus que jamais, mais par la force du talent, est probablement le message le plus vibrant de Nicolas Bedos.

Benjamin K.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s