EMINEM 2 : décoller c’est atterrir

EMINEM 2

« Décoller c’est atterrir », Gravity

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Décoller c’est atterrir dans le monde de la personnalité. Jamais ne rayonne plus la personnalité que lorsqu’elle se recroqueville sur son identité. Jamais artiste n’a autant illustré ça sur la durée que Marshall Matthers et l’énergie qu’il dégage en trouvant sa position existentielle.  On mesure la prouesse de cet exploit dans le monde des artistes à un seul étalon valable : l’Inspiration. « Ce souffle créateur qui anime l’écrivain, l’artiste ou le poète […] L’inspiration est pour les artistes ce qu’est la grâce pour les chrétiens. »  Commençons alors avec le pardon et l’amour pour sa mère  dans Headlights :   

( Edit : la partie 1 de cette analyse, écrite deux ans auparavant à la sortie de Bad Meet Evil 2, est à lire ici : Analyse existentialiste du phénomène Eminem.)      

Puisqu’il y a deux ans je lui avais vu un retour flamboyant, j’ai peu à dire qui ne fut déjà exposé dans mon Analyse Existentialiste du Phénomène d’Eminem et beaucoup de ce qu’il révèle sur lui-même y était décrit. Comme ses remords avoués sur Bad Guy ( » I also represent anyone on receiving ‘end of those jokes you offend « ) qui l’ont accablé jusque dans sa plume (  » I’m your karma closin’ in each stroke of your pen ») mais assumé car nécessaire à sa volonté d’aider les gens dans sa carrière ( « I wanna be the bruce lee of the loose leaf » avec sa  » poetic justice »). Je m’étais arrêté en le comparant à un génie moderne lui attribuant cette qualité : «  C’est justement parce qu’il n’a jamais revendiqué cette moralité, juste son être entier, que Marshall est le seul à l’être, moral. Car la conquête intégrale de soi par la liberté, envers et contre tous, ne pourra jamais connaître d’autre finalité. » Cet album était attendu car la guérison-recovery et les revanches prises (  » I was in the fucking shed sharpening my machete sipping on that revenge juice « ) qu’avait à dire Eminem adulte ?

DE CLEANIN OUT MY CLOSETS A HEADLIGHTS 

Être doué pour les pourquoi et les comment de sa vie intime permet d’être plus adapté à la vie. Ce travail éreintant prend tellement d’énergie en vrai qu’il est peu possible qu’un être humain avec un travail et une vie puisse s’y arrêter. Mais puisque le lambda a une vie justement il en a besoin et écouter Eminem ne pourra jamais lui servir d’individuation de la psyché ( en résumé, sans cliquer) mais elle pourra lui fournir en énergie ce dont il manque : un cap. Ce cap c’est la liberté. Car écoutée là où Eminem est parti l’acquérir elle fera son bien puisque c’est le pourquoi majeur de sa vocation :  » My honesty’s brutal, […] I scribble […]enough rhymes to maybe try to help get some people throught tuff times ». La vie intérieure peut-être dure parfois  mais, ô surprise, c’est la liberté des êtres qui la régit. C’est la contradiction souvent oubliée dans l’acquisition de la maturité : c’est par l’apprentissage de la liberté qu’on  peut espérer voir un citoyen se pétrir. La liberté est donc l’outil intérieur de l’être pour se changer radicalement et supporter les exigences écrasantes du monde. Eminem a voulu incarner la liberté avant tout. C’est pourquoi lui-même affirme ainsi dans Survival  » I’m not a rapper, I’m an adapter / I can adjust « . Il met ainsi en avant qu’est moins importante son statut de rappeur, que sa capacité depuis le début à s’adapter : en cela il ne se sent pas rappeur, mais le rap lui a permis de véhiculer une parole  libre dont l’exigence a été de s’affranchir du rap-même. Avant la loi de l’évolution de Darwin (abordé clairement dans le refrain  » This is the survival of the fittest ») s’assimilait à celle du plus fort : Eminem sème au passage la confusion mais rappelle par là que le plus fort dans le rap game est le plus adapté. (J’ajouterai le pourquoi : l’instinct de conservation d’un individu prédomine par rapport aux autres quand il est en phase avec l’instinct de conservation de l’espèce.) Dans les civilisations démocratiques arrogées des problèmes de survie ou coupés des espoirs de changement sans guerre ou révolution le darwinisme trouve une expression nouvelle et épurée :  c’est à travers la pensée que tout un chacun va chercher à se distinguer, or son outil-même étant la liberté, cette dernière ne pourra évoluer qu’à travers la compréhension des autres pour se renforcer. Sans chercher à le vouloir, on vise ainsi un humanisme, très accéléré par le décloisonnement des discours via internet. En intégrant par la liberté une position plus élevée dans l’évolution biologique, la position plus élevée va prendre ensuite le pas sur l’individu et sera en charge de son point de liberté acquis : ce cloisonnement, lui, on le nommera l’identité. C’est un processus neuro-biologique normal qui explique les incohérences de jugement d’un être humain entre ses décennies. Car pour le Moi les jugements sporadiques de la conscience sont du contenu déliquescent en comparaison des états qui le synthétise : sexe, travail, âge, statut social…Et cette impulsion de liberté qui disparait explique chez l’individu la mort de l’instinct de liberté et l’arrivée à son état fixe de maturité au sein de la société.

Pas chez Eminem justement : son instinct de liberté ne meurt pas. Précédemment, je considérais cela comme le fait d’être un génie. Désormais, je comprends à travers son expérience que cette répétition extraordinaire vient  du fait que ce processus normal expliqué en fin de paragraphe dernier Eminem en est privé mentalement et recherche à le reproduire car son mental est entrecoupé de périodes de vide. Cette maladie, sur laquelle pour pouvoir se retrouver il a dû accepter en être touché et la mettre à plat, comme à son habitude, la contre-partie c’est que  le « stream of consciousness » va incroyablement coïncider avec l’être : puisqu’il ne subit pas ses états mais doit retrouver la logique de ses états. Et s’il vend autant s’est bien grâce à cette qualité unique : à recoller les bouts, il peut mot à mot expliquer son être. Ces gouffres de l’esprit, ces noirs dans lequel il est replongé entre chaque avancement dans son être identitaire, il ne les a jamais aussi bien approchés et comme il clame désormais :

«  I Am Nuts For Real but I’m Okay With That »

A la sortie de MMLP2, j’en ai lu un sur la bipolarité intéressant par l’angle soulevé. Je lui préfère l’analyse existentialiste car que cela veut-il dire lorsque nous avons à faire à un génie et que l’on veut en apprendre sur son être. Le fait est là : le trouble mental est exposé sans qu’il porte atteinte à sa légitimité de porte-parole. Ainsi sa personnalité peut en parler, voire s’en souvenir : comment enfant il se sentait différent ( « Why am diffently wired ? Am I a martian ? ») et j’en passe. Tout dans cet album est relaté à ce niveau-là. Et c’est le changement de donne fondamentale qui fait de MMLP2 un grand album où la parole d’Eminem est libérée, et renouvelé le pouvoir de son émotivité car il a tout un pan de soi à relater.

Qu’advient-il d’un être qui a ce pouvoir ? En effet on ne vit pas ainsi comme je l’ai rappelé. La conscience n’a pas autant de pouvoir normalement sur l’être, tout le monde en a fait l’expérience, et les génies sont ceux qu’on intronise comme tel pour avoir ce genre de capacités mentales qui érigent de solide fondement psychique sur lesquels on peut bâtir des valeurs, une organisation humaine. Donc : L’impossible cohérence d’une conscience trouvée, que se passe-t-il si cette conscience décide de choisir sa voie, son optimum, prenant conscience de la force qu’elle acquiert. Si c’est maintenant un mot, une idée qui la dirige. Disons que ce mot, cette idée, en plus, est la liberté. (En fait, tous ces genres de consciences choisissent la liberté car alors la conscience s’étant attrapé au plus près choisit et s’agrippe d’emblée à ce qu’il la fera vivre le plus longtemps, la liberté qui reste le meilleur outil d’adaptation.) Bref, ce type particulier de conscience va inverser le processus : au lieu que les libertés mènent à un état, ce sera l’état choisi qui mènera à sa liberté contingente. Car la réalité et les événements qui la composent, une fois en règle psychiquement pourrait-on dire, vont se réorganiser autour ( c’est ce pourquoi l’on parle de destinée, mais n’est pas aussi visible en général, que sur un rappeur qui est là depuis plus de 10 ans, puisque elle accompagne si parfaitement chaque vie qu’on ne s’en rend pas aussi spectaculairement compte). Ainsi il peut comme devenir porte-parole de sa légende et se prédire son parcours. En fait ça c’est vu du dehors pour nous. Mais psychologiquement Eminem subit du lourd : sa conscience en acquérant sa propre autonomie libre va l’entraver pour le mener la où il doit aller ( « I’m the futur that’s here, to show you what’s happen tomorow if you don’t stop »). C’est un assujettissement que l’on pourrait nommé ainsi :  » sacrifier mille libertés pour une seule « . A son niveau personnel de réflexion, Eminem devra tout faire pour la laisser faire l’expression de cette liberté : son cri est décomplexé certes, mais pour le conserver il n’y a rien eu de sexy ! Puisque c’est au prix de douleurs inhumaines justement («Have you any ideas shit i’m gone through») que son être commence à comprendre finalement entre les trous noirs et les réalisations subies cette étrangeté : «  This is My Legacy, There’s no garuantee, It’s not up to me. » C’est son Evil Twin qui porte en Eminem les cicatrices de ce combat dans le noir contre tout ce vide, sa maladie qui lui fait vivre mille voix pour trouver la sienne, mais deviennent de plus en plus moins que des sauts de néant en néant, il y trouve enfin sa cohérence : un héritage, la liberté du hip-hop, comme le mérite transmis d’entre les âges d’une profession, mais comme un prêtre avec les évangiles, il se doit de leur donner vie. Legacy est le versant intimiste et caché de Rap God, l’ombre doré de la froide face lunaire.

L’OPACITÉ DE SA TRANSPARENCE, EN VRAI

 » I’m An Enigma « . Let me Opent it Then ! Marshall Mathers a je pense un problème avec la parole. Étrange puisqu’il est le parolier le plus lu au monde. Pas tant si vous gouttez aux concepts contradictoires comme des vérités très enracinées dans l’esprit. Trop sensible enfant, son rapport entre la parole et soi a été bousculé par sa position existentielle non-choisie et imbuvable. Son esprit d’enfant n’a pas trouvé sa dimension en soi qui confère les mécanismes d’ajustement mental. Brouillon et  pétri de cette incapacité à se raconter, un jour il a trouvé dans sa vie le Rap ( c’est pour ça qu’il revient encore plus précisément sur ses débuts, pour  notre plus grand plaisir dans groundhog day par exemple.). C’est le moment clé pour lui : il a trouvé enfin une voix en soi qu’il lui a semblé spontané : celle de l’Inspiration. Mais lui a choisi de la prendre pour sa voix et s’est mis avec le pouvoir de l’inspiration à écrire sur sa vie. C’est d’autant plus troublant, même pour lui, et cela lui expliquerait pourquoi il se sent si vite vide de soi « after the track is demolished » (Bad Guy). Si je résume avec l’article précédent, l’inspiration est donc la voie que Eminem a trouvé pour exprimer sa propre liberté, sortir de son néant existentiel, mais l’étrangeté est qu’elle se fait au travers l’inconscient collectif. En effet, placé dans le néant, car non enraciné, l’inconscient collectif, qui enveloppe habituellement les conscients enracinés dans leur psychisme, s’est vu repoussé par son néant et lui est devenu audible. Pas de panique, il est donc ainsi condamné à l’individuation et il y aura une fin magnifique : être normal. Mais la difficulté, c’est qu’à chaque coup, à chaque avancée l’inconscient collectif tente de se refermer sur lui pour reformer son supra-personnel, et le repousse car son point de départ n’est pas « légal ». Ça s’entrechoque, crée des étincelles, des douleurs, des métamorphoses en lui, pure question de survie de l’âme « This is it, it’s what you eat, sleep, piss and shits » dans Survival. Mais s’il gagne, il peut changer le présent de la pensée collective par l’écoute de ses morceaux. Il ne lâche pas car il meurt si la voie de l’inspiration il ne retrouve pas (tant elle est devenue sa voix intérieure). Et c’est en cela exactement qu’il est effectivement le Rap God.  Et oui, comme il dit entre autres rappeurs : «  You’ve all think this a game ».

Ce que j’admire chez lui c’est d’avoir inventé un chemin : il donne la mesure du possible de l’être humain. En voulant à ce point rester tout le temps au plus vrai de soi il a permis ce qui n’existait pas : le passage entre deux états – d’un handicap mental à sain(t) d’esprit. Il signe la possibilité pour la liberté d’affranchir l’être des plus profondes racines du psychisme. Le résultat pourrait être très banal en surface mais c’est ça la révolution d’aujourd’hui et la plus grande révolution attendue de l’humanité : une base réelle et légitime à la démocratie. Marshall Matthers est arrivé à une fin d’ailleurs comme le donne le ton de l’album sur la chute de Bad Guy et l’énigmatique : For the Last time, I’m back. Sa victoire sur MMLP2 s’est d’être revenu à son point de départ aussi libre, mais à sa surprise c’est que cette impossibilité lui a donné , en parcourant ce chemin qu’il croyait normal, une ouverture d’esprit et une force d’être :  la sainteté. Le temps était son obstacle, il est devenu son réceptacle.

https://www.youtube.com/watch?v=CJNm90HFVU4&amp

Edition deluxe et le love game ou

Les Fleurs du Bien

Ces réalités psychiques ont amenés ce qu’on appelle le Game. En gros, l’inconscient collectif qui vient se renvelopper sur l’être voir ce qu’il restera de l’être dans le supra-personnel. L’être se dévoile par la parole et l’unité psychique est le ciment qui recolle les morceaux. L’intelligence de Marshall c’est qu’il a amplifié ce phénomène et a étalé sa vie personnelle en révélant ses vérités :  » Cos feelings scar but ego bruise worst ». Lui frappe les constructions hypertrophiées de l’être, le surmoi, un ego puissant son énergie dans le collectif et non dans le soi, en cela il a purifié le rap à une époque puisque ses intentions étaient personnelles : il repousse en se trouvant. Appliqué à la femme, cela devient le love game. Puisque les deux psychés n’ont rien à voir. Ce n’est plus un combat de survie de mâle mais l’emboîtement de deux morceaux de la réalité humaine ( Beautiful Pain). Ce qui en ressort est plus douloureux et difficile pour se retrouver. L’émulation qu’il y a dans le game à se surpasser là n’a pas lieu. Les deux vues divergent et la tension ainsi créée parle au cœur de l’être même, du noyau de l’existence et de ce pouvoir à réaliser l’impossible surpassement de soi. Eminem est sans doute de retour grâce à ça puisqu’il en parle dans Stronger Than I Was et Love Game. Il se découvre enfin une meilleure personne cette fois grâce à ça mais reste «  i’m hateless… » car ça le dévore. Ce n’est plus la réputation qui est en jeu ou la honte, ou être le moins fort, mais le sentiment le plus profond de soi qu’on a offert et devient perdu :  » I gave you all, You gave me none ». Faux, les monnaies ne sont pas les mêmes. Trouver plus fort que soi dans une échelle différente à laquelle il ne peut se mesurer lui a été difficile. L’espoir de s’en remettre de cet amour qui a été vidé est à rendre hommage dans cet album. Aux Etats-Unis ce doit être un peu plus clair, mais je lis partout «  parle-t-il de Kim ? » non donc. Il ne doit justement plus voir cette femme-là. Et c’est pourtant central quand à sa nouvelle fougue. Il est bien avec car le centre cette fois ce n’est plus de rendre la justice ( et avoir trouvé la rage réelle envers l’absence paternelle lui a enlevé le goût de la compétition et certaines inhibition), le centre est d’alors trouver l’amour à travers la connaissance de soi, de l’autre et du monde. Car quand il n’y a plus d’espace mental à frapper, ou de vengeance à assouvir, c’est qu’il y a un trou en soi. Et de ces béances de l’être que la haine du rap game laissent aride, croît l’incroyable Vie inanimée en Soi par l’amour du love game qui s’y déverse. Ces fleurs éternelles seront la réponse de notre ère poétique face à l’oubliance de soi, Baudelaire.

Il ne gravit plus la célébrité mais l’envie d’être dans le bien-être-réel, l’en-phase avec le soi biologique. Il est haut et  humble, avec un pendant négatif à tuer. Difficile encore de voir la différence entre l’Evil Twin et soi-même, mais il sait que cet Evil Twin voudrait l’assimilé et le laisser las dans le monde des humains. Ce karma était négatif parce que la situation de départ d’Eminem était désespérée. La justice de sa malédiction je rends :

 » But if this is all there is for me, life offers
Why bother even trying to put up a fight, it’s nonsense
But I think a lightbulb just lit up in my conscience
What about them rhymes I’ve been jottin’
They are kinda givin’ me confidence

Instead of trying to escape through my comics
Why don’t I just blast a little something like Onyx
To put me in the mood to wanna fight and write songs that
Say what I wanna say to the kid that said that I eyeballed him »
.

Des Usages de la Liberté. II

Benjamin K.

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