EMINEM : REVIVAL

EMINEM : REVIVAL

 

Afin de faire taire les fausses intentions qu’on lui prête, Eminem lassé de la lâcheté d’un public duquel il ne peut même pas espérer une écoute détachée, démontre avant de partir qu’il frappe là où ça fait mal et qu’il reste le seul à oser le faire.

Apparemment aidé par un staff réfléchi (cf.la jaquette), on peut de prime abord reconnaître à cet album ce qu’il n’avait jamais vraiment réussi, l’unité. C’est construit, enchaîné, thématique, et l’heure musicale s’écoute avec une belle voix.

 

Complexé par sa voix, on peut dire combien il a une belle voix. Émotive ou des tripes, posée ou saccadée, il multiplie les recherches de vocalises, si bien qu’on ne s’ennuie pas à l’écouter. D’ailleurs, c’est cette performance par-dessus toute qui le rend si universel. Cet inconnu quoi qu’il nous raconte, nous le raconte en vrai avec des sons avant les mots. Cette remarque tombe à propos, il nous vante d’emblée les vertus de l’humilité dans la plage d’ouverture Walk on Water : il avoue que talent ou pas, il fallait un sacré paquet de chance pour rester aussi longtemps connu. Ce geste est l’uppercut, on le retrouve aussi dans la bouche d’Obama lors de son interview au David Letterman Show du mois de décembre.

 

Je lui espère poursuivre sa carrière actuelle et analyse cet album comme un rendu savant de son parcours d’artiste : il a été conçu ainsi et il y met au final un mixte musical de tout ce qu’il aime ( duo féminin, duo célébrité à voix et fragile, morceau punchy, morceau complètement déstructuré avec un pur rap, reprise connu sur lequel il pose un texte impec’, sucrerie musicale un peu fantasque). Cependant son propos comporte une franche nouveauté : l’analyse sociologique avec ses rouages sociétales, voire écologiques. Ses nombreuses lectures transparaissent avec brio à cet autodidacte fantastique qui n’ose même pas dire combien il est cultivé. J’achèverais le tryptique d’articles sur Eminem par cette vérité : au lieu de crier sur les toîts qu’il se savait intelligent, il l’a prouvé. Il a agi. Il n’a presque pas cherché à le dire, pour le prouver, le montrer, ce discret : il l’a prouvé avec une nouvelle forme d’action intellectuelle : son rap légendaire, son chant lapidaire, c’est ainsi forgé, formé, propagé. Sa lecture renverse car au fond, sans le savoir, il a honte de le dire : c’est un intellectuel.

Des Usages de la Liberté 11.

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